la floRE DU MAL

Possibilités d’existence en territoire post-minier

Marie-ève fortier

Lorsqu’une exploitation minière arrive à terme, elle laisse derrière elle un paysage anthropisé se matérialisant par ses infrastructures abandonnées et un large éventail de déchets contaminés. Accumulées dans l’environnement pour des milliers d’années, les substances toxiques apportées à la surface par les activités minières compromettent violemment les écosystèmes. Les cours d’eau, les couches terrestres et les nappes phréatiques deviennent non seulement des milieux récepteurs de substances toxiques, mais également des plateformes de transport. Cette migration passive des contaminants bouleverse également la faune et la microfaune locale qui intègrent les déchets industriels dans leur chaîne alimentaire, élargissant par surcroît l’étendue de la contamination sur le territoire.

Depuis le milieu des années 1990, la Loi sur les mines exige une « mise en végétation » des sites post-miniers au Québec visant à redonner une « apparence naturelle » aux friches minières tout en confinant les contaminants sur le site. Or, l’ampleur des dégâts écologiques causés par une telle exploitation humaine ne peut se contenter de cette solution superficielle et réductrice. Dans son livre The Mushroom at the End of the World: On the Possibility of Life in Capitalist Ruins, l’anthropologue Anna L. Tsing présente un exemple éloquent de la résilience des organismes vivants après une perturbation écologique. L’interaction des entités non-humaines sur les ruines de l’Anthropocène engendre une écologie dite « férale » capable
de se développer et de se répandre au-delà de tout contrôle humain.

Néanmoins, les sites miniers abandonnés demeurent exposés à une pollution latente, un traumatisme écologique à la temporalité diffuse. Malgré l’immense force d’adaptation du vivant, les possibilités de résilience vis-à-vis d’un territoire profondément pollué sont restreintes ; les processus biologiques naturels ne sont plus en mesure d’encaisser le poids de ces perturbations. Une action externe doit alors soutenir et stimuler la régénération du vivant vers une succession écologique durable. Le développement des technologies 4.0 et le potentiel des biotechnologies doivent s’allier pour servir de vecteur d’innovation dans le processus naturel de décontamination des friches minières. Dans l’optique d’autonomiser le procédé et de réduire la présence humaine sur ses propres ruines, ces nouveaux outils cyborg devront impérativement s’allier aux organismes vivants habitant déjà les sites contaminés pour permettre la possibilité de ré-ensauvagement.

 References